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Ghyslaine et Sylvain Staëlens (nés respectivement en 1960 à Montfermeil et en 1968 à Paris) sont un cas presque unique dans le monde des arts de couple fusionnel travaillant à quatre mains : en totale symbiose, avec une complicité digne de musiciens de jazz. Car « nous n'avons jamais cherché la sculpture », disent-ils aujourd'hui, « c'est la sculpture qui nous a trouvés. Notre rêve était de devenir musiciens. » 

 


Épris l'un de l'autre depuis leur première rencontre, vivant ensemble depuis plus de trente ans, ils ont traversé d'abord une période difficile où ils avaient un emploi régulier, Ghyslaine dans l'informatique, Sylvain à la télévision. Mais la vie à Paris ne leur convenait pas et c'est pour échapper au piège mortel de la toxicomanie, qu'après divers voyages au Mexique et une période d’errance dans le Sud de la France, ils ont trouvé enfin leur planche de salut dans la création.

 


Avec frénésie, ils commencent alors à collecter toutes sortes de matériaux naturels,lichens, pierres, bois – qu'ils assemblent pour en faire sortir les formes et les personnages visionnés dans leur texture. Leurs premières sculptures date de 1995. Peu après ils s'installent à la campagne, dans un hameau isolé du Cantal, au pied des volcans. Une région dont la rudesse empreinte de christianisme et de magie primitive les inspire profondément. Tout un bestiaire et tout un peuple de guerriers, de druides et de chasseurs, ou de cavaliers barbares chevauchant d'étranges créatures, va naître de cet environnement, avec de grands bas-reliefs, sablés de pigments rouges, figurant « le magma d'émotions » qui nous anime et qui, dans leur période antérieure, avait failli les emporter.

 


Laurent Danchin, Juin 2014 

 

 

 

 

 

 

 

Sylvain et Ghyslaine Staëlens ont, dans leur travail, capté une essence qui a un esprit sauvage, proche d’un essentialisme européen qui a plus à voir avec les gitans, les païens et les hommes médecins qu’avec les caprices de l’angoisse contemporaine.

 

Ces sculptures sont aussi amulétiques : elles absorbent, donnent un pouvoir énergétique hérissant. Ce sont deux conteurs d’histoires et la forêt est leur source de magie.

 

Ce sont des observateurs qui marchent sur les bords d’un monde occulte.

 

 

Randall Morris, Cavin-Morris Gallery New-York, exposition Restless, Septembre 2012.

 

 

 

Le monde habité de Ghyslaine et Sylvain Staëlens a pris racine en Auvergne où ils ont choisi de demeurer. La rencontre s’est faite entre un paysage extérieur et un monde intérieur qui leur est commun. Ce paysage âpre, sans âge, les a dépouillés d’une modernité superflue qui a laissé place à leur imaginaire enfoui. Ils ont exploré sans limites et mis au jour des parcelles de vérité cachée. La Terre est leur élément et ils lui empruntent ce qu’elle a de plus noble. En osmose totale, l’un continue la sculpture que l’autre a commencée, sans heurts, sans que l’on puisse deviner quelle main a posé la dernière ou la première pièce. Une cohabitation de deux personnalités qui confère à leurs oeuvres une identité unique troublante.

 

 

D’entrelacs complexes naissent des bas-reliefs, totems, poupées et animaux, assemblages combinés et savants de branches et de racines, de métaux rouillés, de tissus et de fil de fer, le tout souvent saupoudré de terre rouge volcanique.

 

 

Ils n’existent qu’en eux-mêmes, c’est-à-dire incapables d’apparaître autrement qu’ils sont et, délivrés du jugement des autres, ils se soucient comme d’une guigne des interdits, des brouillages de la culture, de la bienséance. Une brèche sur le réel qui ouvre des perspectives inattendues. Dénonçant le conformisme et les compromissions, ils sont impitoyables pour l’arrogance et l’hypocrisie et font fi de la trompeuse satisfaction du discours de bon aloi qui est un obstacle à l’accomplissement de soi. Les visages transfigurés de leurs compositions en sont un témoignage évident.

 

 

La vigueur de leurs créations génère une sidération étonnée. Les bas-reliefs et totems, issus d’on ne sait quelle civilisation primitive, saisissent par la puissance expressive et la force tellurique qui ouvrent des perspectives inattendues, révélant les multiples facettes de leur individualité à la Janus. La présence déstabilisante de leurs oeuvres diffuse d’émouvantes sensations au spectateur attentif, jusqu’à ce qu’il entre dans la danse et perde pied dans les absurdités du théâtre de la vie.

 

 

Ces regards hallucinés, stupéfaits, égarés nous conduisent, au-delà de nous-mêmes, à nous poser constamment les mêmes questions.

 

 

Nadine Servant,  Avril 2013.